Exhibant un ton résolu et sans ambages, la plus haute autorité judiciaire de France, le Conseil d’État, a exprimé mercredi 28 juin, son inquiétude et sa désapprobation face aux critiques virulentes de divers acteurs politiques. Cette tempête médiatique fait suite à l’examen par l’institution d’une réclamation portée par le collectif « Hijabeuses », qui vise à autoriser le port du hijab dans le football féminin, une proposition soutenue par le rapporteur public.
Un tel positionnement est singulièrement rare pour cette instance de gouvernance qui s’érige en tant que rempart de l’indépendance judiciaire. Celle-ci a rétorqué, avec une sévérité remarquable, contre les assauts dont elle fait l’objet. « Attaquer le fonctionnement d’un service public de la justice équivaut à une atteinte à une institution vitale pour la démocratie », a déclaré le Conseil dans un communiqué.
Ce dernier n’a pas manqué d’émettre une mise en garde, se gardant le droit d’initier des poursuites en cas d’offenses, de diffamation, d’incitation à la haine ou de menaces.
Le plaidoyer des « Hijabeuses » contre la Fédération française de football
Les germes de cette tourmente ont été semés lors d’une audience qui s’est tenue lundi devant le Conseil d’État. L’institution s’est penchée sur un recours déposé par le collectif « Hijabeuses » contre la Fédération française de football (FFF). La FFF impose une restriction à ces joueuses, leur interdisant de participer à des compétitions tout en portant le voile.
Le rapporteur public, à l’issue de l’audience, a recommandé l’abrogation de l’article 1 du règlement de la FFF. Cette disposition, en place depuis 2016, proscrit « tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ». Il a par ailleurs sollicité que la Fédération apporte des modifications à son règlement.
La conclusion du rapporteur public était que le simple fait de porter le hijab ne traduit ni un « prosélytisme » ni une « provocation ». De plus, aucune « exigence de neutralité » ne devrait être imposée aux joueuses licenciées de la FFF. Cependant, une exception a été évoquée pour les joueuses de l’équipe nationale française, en tant que représentantes de la « Nation ».
Une vague de réactions politiques fait rage
Une fois cette recommandation rendue publique, un déluge de critiques a fait rage. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a été le premier à faire entendre sa voix, suivi rapidement par les voix de droite et d’extrême droite qui ont enjoint le gouvernement à envisager une législation sur la question, si le Conseil d’État venait à se rallier à l’avis du rapporteur public.
Dans son communiqué, le Conseil d’État a réitéré que le rôle du rapporteur public est de fournir une analyse indépendante et détaillée des questions soulevées par le cas à l’examen et de suggérer une solution juridique pour éclairer le jugement. Il est important de rappeler que seule la formation de jugement est habilitée à statuer sur le litige.
Une polémique aux répercussions profondes
Il est indéniable que cette affaire dépasse largement le cadre du football féminin et touche aux questions fondamentales de liberté religieuse, d’identité culturelle et de l’indépendance du système judiciaire. La résolution de ce litige nécessitera une navigation délicate entre les principes de laïcité, le respect des croyances personnelles et la préservation de l’autonomie de la justice face aux pressions politiques.
Les réactions à ce débat sont aussi diverses que les perspectives qu’il évoque. D’un côté, certains voient cette initiative comme une étape nécessaire vers une plus grande inclusion et la reconnaissance de la diversité dans le sport. De l’autre, il y a ceux qui y voient une menace potentielle pour la laïcité et l’uniformité des règles du jeu.

